Blog et News

Vendredi 16 mars 2018

le blog de Nils (terminale)

Les scènes prennent Vie. La fin de semaine se fait ressentir et c’est le moment de s’échapper le temps d’un instant… Les adaptations de scènes de bac s’enchaînent dans la bonne humeur, entre les changements de décor et les costumes nous partageons et donnons nos retours pour améliorer et donner forme à nos idées. La personnalité de chaque membre de la troupe se reflète de plus en plus grâce à cette autonomie de jeu. Des nouvelles paires de partenaires se créent et produisent de belles surprises ! Les progrès se font sentir dans le jeu mais aussi dans le caractère de tous. Nous avons davantage confiance en nous et développons naturellement au fur et à mesure notre créativité. L’accent sur les détails visuels et audio : costumes, accessoires, lumières, décors et sons prennent de l’importance dans notre manière de jouer et favorisent notre capacité à nous mettre dans la peau des personnages. Nils Gubelmann

 

Jeudi 11 et Vendredi 12 Janvier 2018

le blog d’Umut…

La nouvelle année commence fort pour les Secondes ! Au programme, petite revisite des spectacles vus l’an passé à travers des images et les souvenirs des élèves. Ensuite, un nouveau thème fait son apparition: la nouvelle “Un certain plume” (de Henri Michaux) où chaque chapitre défie notre imaginaire et nous retourne le cerveau de par les aventures loufoques et parfois même incongrues de Plume, un homme qui obtient toujours plus que ce qu’il voudrait. Nous avons commencé cette semaine par se répartir les diffèrents épisodes de la vie de Plume, pour les transposer en des petites scènes de théâtre. Puisque la semaine prochaine a lieu le voyage à Avignon des Premières (au passage, bon voyage!), les cours du 25 et du 26 n’auront pas lieu. Et c’est pour cette raison que les élèves devront pour dans deux semaines, effectuer une fiche de mise en scène avec inclus, les dialogues, le son et la lumière, ainsi que les costumes et les décors de la saynète. Bonne chance à eux!

Umut Solakoglu

 

18 décembre 2017. Et voilà, une semaine de présentations se termine. La salle de théâtre est jonchée d’accessoires abandonnés à la hâte, chaussures à talons, vieux costumes comme des peaux de serpent, objets démembrés, esseulés, débarrassés de la vie qui les animait dans la lumière concentrée et féroce des projecteurs. Il y a un magnifique passage de “Après la répétition”, de Ingmar Bergman, sur ces moments où l’on écoute le silence d’après, où l’on retrouve l’épée d’Hamlet, la coiffe de Silvia, le fauteuil d’Argan, ou de Figaro, dans un coin de la scène, tandis que les personnages, eux, ont disparu, qu’ils ont repris leur masques de vivants. Et si c’étaient eux, les vivants ? Et si nous n’étions que des rôles, un peu pressés, un peu semblables et un peu banals, que tous ces grands personnages de théâtre, entre deux drames, se mettent à jouer, pour reposer leur imagination ? Ainsi, ces costumes, ces accessoires abandonnés, ce sont peut-être les traces incompréhensibles d’une vie rare qui concentre notre essence, dans la lumière féroce et crue des projecteurs. Avant d’éteindre la salle, on pose un manteau sur un dossier de chaise, on ramasse un livre, un panier, une fleur en plastique : toute une histoire d’amour en trois objets, envolée à jamais, et toujours à rejouer. Le théâtre nous permet de rejouer la vie, et par là-même, de nous jouer de la mort. Mais chut ! La serrure grince. Ici, on n’enfermera rien, et tout est toujours à refaire. On ne referme  pas un caveau, on change juste de scène, en attendant de nouveaux rêves.

 

17 décembre 2017, hier, trois élèves rescapés de l’option terminale et leur enseignant ont pris la route de Tourcoing. Eh oui, trois : retenez bien ce chiffre. Pourquoi Tourcoing ? Et pourquoi pas ? N’y a-t-il pas là-bas le théâtre de la Virgule, à la mission transfrontalière, au public charmant d’abonnés et de vrais amateurs de théâtre ? N’est-ce pas là que Vincent Farasse, auteur associé aux terminales pour la 2è année, a créé ses trois dernières pièces, parmi lesquelles “Un incident”, dont c’était la dernière représentation en ce lieu ce samedi ? Et pourquoi pas Tourcoing, ses avenues rectilignes bordées de maisons de briques qui s’allongent en casernes et entrepôts, Tourcoing au coucher du soleil, Tourcoing dans un rêve rouge de renaissance ? Le spectacle mettait en scène un extraordinaire Rejep Mitrovisa, qui malgré un coude cassé et opéré deux jours plus tôt, a tenu formidablement le rôle du chômeur fier des beaux résultats de l’entreprise qui vient de l’éjecter. Eve Gollac reprenait le flambeau, et dans une lumière rougissante, justement, faisait le lien nocturne entre les tours de bureaux qui s’éteignent au soir, et les insurgés de “Nuit debout” qui réinventent le jour au creux de la nuit. Il fallait aller à Tourcoing, au coeur de cette ville de briques et d’usines, pour le retrouver, ce coeur sanglant de la révolte et de l’Histoire. Et nous avons repris la route de Bruxelles, presque muets, un peu abasourdis, un peu changés en nous-mêmes, sans pouvoir, pourtant, le dire. Un peu rougis, un peu éclairés, un peu déboussolés. Voyager, pour aller au théâtre, pour visiter des théâtres, pour aller faire du théâtre : c’est aussi ce que le voyage en Avignon, qui aura lieu du 16 au 19 janvier prochain, propose à 11 élèves de l’option première et trois terminales. Toujours Trois ? Eh oui, vous l’avez deviné, ce sont les mêmes…

12 décembre 2017, un mardi comme les autres au lycée ? Bon, on pourrait continuer encore longtemps comme ça, car les jours se suivent et sont loin de se ressembler. Pour ce mardi sans neige, les premières de l’option étaient au défi de montrer enfin un bout de leur travail sur Kinky Birds, d’Elsa Poisot. Pari réussi, devant les hellénistes toujours vaillamment conduits par Mme Bourillon, et quelques enseignants et élèves curieux. Un pari difficile, car la pièce au départ est déjà un étrange montage alterné de scènes qui finissent par dégager du sens en se croisant, et qui, en plus, se passent à des époques différentes ! Plus que la cohérence d’une intrigue, c’est une atmosphère spéciale que les élèves ont créée, c’est un motif que les scènes présentées ont travaillé : l’indifférence et la passivité face à une agression dans l’espace public. Pourquoi je n’ai rien fait ? Pourquoi les autres n’ont-ils rien fait ? Pourquoi me suis-je rassuré que j’avais raison de ne rien faire, devant l’évidence de l’agression ? Quel bonheur, quelle lucidité, quelle inquiétude aussi, en voyant se rejouer ces scènes de harcèlement, ces rencontres et ces ruptures : comme chez Poisot, le pouls dramatique du monde résonne dès les premiers pas qu’on fait dans la rue. Décidément, Kinky Birds, c’est une affaire à suivre… jusqu’à une nouvelle présentation en mars, et sans doute une pièce radiophonique en mai !

En attendant, pourquoi ne pas aller au Théâtre National voir un spectacle… de doigts ? C’est ce que les trois niveaux de l’option ont fait hier soir, plongeant dans la magie du collectif Kiss and Cry et du texte à la fois tendre, drôle et profond de Thomas Gunzig : Cold Blood. “C’est la plus belle chose que j’ai vue de ma vie”, ont dit quelques spectateurs en sortant. Rien que ça. Et d’autres : “je ne sais plus ce que c’est que le théâtre. Je dois revoir ma définition.” Eh oui. Parce que le théâtre, ce sont aussi des formes que l’on ne connaît pas encore, qui sont encore à inventer. Qui pouvait imaginer le jeu vivant des comédiens avant que n’apparaisse la commedia dell’arte ? La distanciation brechtienne avant le XXè siècle ? et qui pouvait simplement imaginer Kiss and Cry avant les progrès fulgurants de la vidéo HD ? Mais que serait cette technique impeccable, magistrale, digne des meilleurs films d’animation, sans la poésie du corps qui danse, dans ses extrémités expressives ?

 

11 décembre 2017, un lundi comme un autre au lycée ? Presque… le théâtre est là, et dans les salles bien chauffées, à l’abri de la tempête de neige, on continue à jouer, à inventer avec soi-même des fictions éphémères… il le faut bien, la neige a bloqué Jean-Marie Piemme à Rogier, alors puisqu’il n’est pas là, laissons-le tout de même parler :

“Le théâtre laïcise le monde. Le “comme si” du théâtre, c’est la vérité qui doute, la vérité qui ne colle pas, qui ne veut pas vous étrangler pour vous convaincre, qui ne vous crève pas les tympans pour avoir raison. Ainsi, en des temps marqués par la morsure du religieux, la simple existence du théâtre est son premier mérite.” (Journal de théâtre 1973-2017).

Réjouissons-nous malgré tout : les premières ont eu droit à une répétition de plus, et quant aux terminales, ça y est, ils ont présenté les scènes de Farasse devant leurs camarades latinistes fièrement conduits par Madame Bourillon, il en a fallu de l’énergie pour arriver à ces 40 minutes de théâtre, s’inventer des détours, des peurs, pour finalement se jeter sur la scène et jouer, jouer, jouer… Car il y a un moment où il faut se jeter à l’eau, non ? Puis vient le soir, on peut dormir enfin, des images plein la tête : il y a eu du théâtre ce lundi 11 décembre 2018 au lycée français, du théâtre sous la neige, du théâtre contre la peur, du théâtre qui réchauffe et qui ouvre au rêve… bonne nuit !