L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #3

“Sous les yeux, sous la main…” c’est le sens de la locution latine in promptu qui a donné ce mot bien difficile à prononcer, “impromptu”, d’un verbe (promere) qui veut dire manifester, produire. De là, jouer à l’impromptu, qui à l’époque de Molière veut dire tout simplement improviser. De là encore, ce mot en est venu à désigner de petites pièces écrites sans grande préparation, ou avec une apparence d’impréparation (voyez Giraudoux et son “Impromptu de l’Alma”…), puis au XIXème, de courtes pièces au piano gardant, comme leurs cousines théâtrales, un caractère libre et improvisé : ceux de Schubert sont délicieux et sombres à la fois, ils se développent en effet comme par surprise d’un accord renouvelé, martelé, puis diffracté (avec une préférence pour l’interprétation de Schnabel, voir l’image). Mais ce qui nous a fasciné en travaillant l’impromptu de Molière, c’est de découvrir peu à peu que c’est le risque même que Molière place au coeur de son théâtre. Le Roi va venir : improvisons ! Pourquoi ? Parce que le Roi l’a demandé… parce que le Roi n’aime pas attendre… c’est le geste même du comédien devant son public qui est ici singé. Nous jouons devant le regard sans pitié du Roi-spectateur. Devant la corne du Taureau, dirait Michel Leiris. Mais justement, dans cet impératif catégorique là, nous nous permettons d’improviser. Parce que l’improvisation est le coeur vivant du théâtre : Molière, qui partageait le Palais Royal avec Scaramouche et les Italiens, le savait bien. Et que, n’en déplaise aux adorateurs du théâtre de texte, ronflant et soporifique, tellement français, l’improvisation est la pierre de touche de l’action dramatique, le gage de vérité émotionnelle de l’acteur. “Qu”on me laisse répéter, qu’on me laisse improviser !” : le cri final de Molière continue à nous interpeler. Aussi, il nous est vite apparu que l’on ne pouvait pas jouer l’Impromptu de Versailles… sans le trahir un peu, beaucoup, passionnément… à coup d’improvisations.

L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #2

Molière et Louis XIV… On a beaucoup écrit et glosé sur les rapports entre notre dramaturge national et son souverain, qui fascinent, intriguent, et dont au fond, on ne sait pas tant de choses. La pensée du Grand Siècle, ici, bute sur un mystère qui hante l’écriture de Molière et les rêves de ceux qui s’essaient modestement (ou pas) à le mettre en scène. Qui était Jean-Baptiste Poquelin, aux yeux du souverain ? Son bouffon magnifique ? Son maître de cérémonie, responsable des fêtes somptueuses d’un Versailles naissant, avec Lully le musicien et Pierre Beauchamp le chorégraphe ? Son valet de chambre, à qui il aimait suggérer des idées de pièces au petit lever, susceptibles de ridiculiser les courtisans ? Une autre question nous démange tout autant : comment Molière voyait-il le Roi Soleil ? Comme un despote ? Comme un artiste ? Comme un client qui commande et paie des spectacles ? Comme un mécène indirect, le protégeant lui et sa troupe à travers son frère, “Monsieur” ? On rappellera quatre faits qui nous semblent ici éclairants. En 1661, soit deux ans avant “L’Impromptu de Versailles”, Louis suggère à Molière d’écrire une comédie sur les “fâcheux”, ou les importuns de la cour, ceux qu’on appellerait aujourd’hui vulgairement les emmerdeurs : ce sera la première comédie-ballet de l’Histoire, un genre qui va durer dix ans, avant de céder la place à l’opéra, un genre qui semble taillé sur mesure pour faire danser… le Roi. Selon une femme de chambre de Marie-Antoinette, vers 1665, le Roi fait manger Molière avec lui, devant ses courtisans, qui ne voulaient pas partager la table de celui qui “jouait la comédie”. En 1680, Louis XIV réunit la troupe du Palais-Royal (de Molière, mort en 1673) et de l’Hôtel de Bourgogne (ses ennemis acharnés dans “L’Impromptu”) pour former la Comédie française. Et enfin, une dernière anecdote : Louis XIV demanda un jour à Boileau quel était le plus grand écrivain de son règne. “Sire, c’est Molière.” Et que répondit notre monarque ? “Je ne l’aurais pas cru ; mais vous vous y connaissez mieux que moi.” Le Roi est là, toujours, dans les coulisses et sur la scène. Il finance la grande comédie de son temps, mais peut la faire cesser d’un geste. Molière, comme Schéhérazade face au sultan, ne demeure en grâce que par la force du rire et de la curiosité qu’il suscite.

Ingres, Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles, 1837

Gérôme, Louis XIV et Molière, 1862

L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #1

(désormais, un petit billet tous les deux jours sur la genèse du spectacle “L’ImprOmptU”, accompagné d’une image)…

Nous sommes en 1663. Molière a 41 ans, c’est un auteur et un comédien de plus en plus en vue à la cour. Mais avec “L’Ecole des femmes”, pour un grand nombre de courtisans et de religieux, il est allé trop loin. Une violente cabale commence à se déchaîner, à laquelle Molière décide de répondre dans la “Critique de l’école des femmes”, mettant en scène des spectateurs qui ont vu la pièce et en débattent. Mais ce texte ne fait que jeter de l’huile sur le feu, et voici Molière de nouveau attaqué de toutes parts. Comment réagir aux attaques les plus personnelles, les plus injustes ? Comment faire taire ses nombreux ennemis, sans perdre son âme, sans y perdre son art ? C’est tout l’enjeu de “L’Impromptu de Versailles”, une pièce où Molière va aller encore plus loin, en inventant une structure dramatique impossible, à la Piranese, à la Escher… venez la découvrir du 14 au 18 mai en Mounier ou le 21 au Lumen… !

 

le Grand Rangement de Printemps…

Notre stock de costumes de théâtre, riche d’environ 700 costumes, est très sollicité au quotidien et continue à augmenter au gré des dons. Nous organisons donc notre Grand Rangement de Printemps, il aura lieu en salle C-théâtre :mardi 26 mars 13h30-15h30, vendredi 29 mars 13h30-15h30 et jeudi 4 avril 13h30-15h30. Sur ces trois créneaux, je serai là pour accueillir les collègues et les élèves qui souhaiteraient nous aider, même une demi-heure ou une heure, à remettre de l’ordre dans le grand chaos artistique des costumes et des accessoires. Il y aura du thé, du café et des biscuits… Et si vous avez chez vous des vêtements, des costumes, des bibelots historiques ou exotiques, ou des vieux cadeaux de Noël inutiles, à donner, nous sommes preneurs, et vous pouvez les apporter à cette occasion… si vous jugez bien sûr qu’ils peuvent avoir un intérêt scénique… On fera le tri… En ce moment, nous recherchons en particulier : grandes plumes d’oiseaux et éventails. Merci d’avance !

David Jauzion-Graverolles

“Le théâtre est le désordre incarné et pour faire l’éloge du théâtre, il faut commencer par faire l’éloge du désordre.” Louis JOUVET

Répétitions en grand format

La troupe s’est réunie ce samedi 16 mars, pour sa première répétition longue durée (10h-16h !). Les premières heures de la journée ont été l’occasion d’accueillir les parents et les futurs élèves, dans le cadre de la journée portes ouvertes du lycée. Ceux-ci ont pu assister à différentes étapes de travail : scènes collectives, dialogues, danses, mises en espace. Pascale Humbert-Haton a travaillé en particulier sur le Bransle-du-Rat, la Tarentelle, la mystérieuse “danse des Parques” et une non moins mystérieuse chorégraphie hawaïenne pour deux hommes et un marquis. C’est l’occasion de vous convier d’ores et déjà à notre spectacle, du 14 au 18 mai prochain en salle Mounier à 20h. Réservez déjà votre soirée théâtre ! Les émotions et le rire seront au rendez-vous.

Adaptation, recréation, passion

Après deux modules consacrés à Quai Ouest de Koltès, puis au théâtre de la crise en entreprise (avec une présentation à suivre en avril…), les terminales option théâtre attaquent leur dernier module de l’année : l’adaptation de nouvelles pour la scène.

Poe, “Le Masque de la mort rouge”  

Par équipes de quatre, les élèves s’attèlent à l’adaptation de courts textes de grands auteurs du monde entier tels qu’Edgar Poe, Julio Cortazar, Dino Buzzati ou encore Guy de Maupassant. Voici quelques images de ce travail qui débute par une appropriation visuelle de la nouvelle, à partir des objets et des éléments concrets présents dans le texte. Ces textes magnifiques se rattachent aussi au thème choisi pour l’année : “le théâtre de la crise”. Crise sentimentale, crise identitaire, crise économique… Voici plusieurs pistes pour explorer ces crises dont la scène peut montrer tous les enjeux.

  Cortazar, “La Nuit face au ciel”

Un printemps qui s’annonce riche et diversifié pour les terminales : sessions de travail avec l’acteur Francesco Italiano (19 mars) et l’actrice Raphaëlle Bruneau (tous les vendredi), reprise de Koltès, présentation des crises en entreprise (“Openspace”), présentation des nouvelles et chantier des scènes de bac… pour des épreuves de baccalauréat qui seront, comme l’an dernier, les ultimes épreuves de la session : les 20 et 21 juin prochains… Bravo aux élèves qui s’investissent courageusement dans une discipline artistique et assument leur passion, en dépit de toutes les pressions scolaires et universitaires !

  Buzzati, “Le Veston ensorcelé”

“Il me faut la démesure…” Thyeste (Sénèque/Jolly), une sortie théâtre du lycée à Charleroi

« Le soleil a fait demi-tour
Il est allé à la rencontre de lui-même
Il a caché sous des ténèbres extraordinaires 
La noirceur de ce crime 
Une nuit venue de l’Orient
Une nuit tombée à contretemps 
Et pourtant cette horreur il vous faudra bien la voir 
Car elle va se donner en spectacle »
Thyeste de Sénèque, traduction de Florence Dupont, mise en scène de Thomas Jolly

         Oui, cette horreur s’est bien donnée en spectacle vendredi 26 janvier au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. C’est un Atrée à la fois monstrueux et humain qu’incarne Thomas Jolly pour nous susurrer les horreurs du monde. 
        « Il me faut la démesure » réclame Atrée. C’est à l’aune de cette démesure que cette pièce a été montée, d’abord en juillet en Avignon dans la Cour d’honneur du Palais des Papes et désormais à Charleroi. 
       Nos élèves de 1èreet de l’option théâtre et latin, plus d’une centaine, ont pu découvrir un spectacle flamboyant, opératique, qui donne un souffle incroyable à un texte d’une inquiétante modernité. 
       A vous laisser bouche bée ! 
       Un grand merci à la Maison des élèves sans laquelle cette sortie n’aurait pas eu lieu. 
L’équipe des professeurs de Lettres, de LCA et de Théâtre – Niveau 3è / 2de / 1ère

du 11 au 14 décembre : Présentations d’option + Sylvain LEVEY au lfjm

Mardi 11 décembre, de 16h40 à 18h, les élèves de l’option théâtre Terminale présenteront une étape de leur travail sur Quai Ouest, de Bernard-Marie Koltès, en salle C-théâtre. Ce travail de scènes et de monologues s’est construit dans un espace bifrontal qui interroge le conflit, le lien et la nature particulière de ces “scènes de commerce, d’échange, de trafic” dont parle Koltès, entre des personnages venus chercher la mort, ou attirés par le reflet de l’argent dans un no man’s land urbain où plusieurs drames se jouent.
Jeudi 13 décembre de 16h40 à 18h aura lieu la présentation en salle C-Théâtre d’une étape de travail de Alice pour le moment, de Sylvain Levey, par les élèves de seconde de l’option théâtre. Ce texte de 2008 met en jeu de façon drôle et poétique la vie d’une migrante chilienne qui a fui le régime de Pinochet avec sa famille. Les élèves ont construit ce travail à partir d’improvisations, de mises en espaces et de lectures.

Vendredi 14 décembre, nous aurons le plaisir d’accueillir l’auteur et comédien SYLVAIN LEVEY, à 11h20 avec les secondes et à 16h40 avec les terminales (salle C-théâtre). Auteur de “Ouasmok ?”, de “Alice pour le moment”, de “Costa le Rouge” ou encore de pièces politiques parfois grinçantes comme “Dans la joie et la bonne humeur”, il est publié aux Editions Théâtrales. Sensible aux crises sociales et politiques du monde actuel, son écriture propose des personnages souvent adolescents qui ressentent et incarnent ces crises avec espoir et poésie. Son écriture percutante propose toujours une réflexion profonde et ouverte sur le monde, même dans les textes directement adressés aux ados.