L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #2

Molière et Louis XIV… On a beaucoup écrit et glosé sur les rapports entre notre dramaturge national et son souverain, qui fascinent, intriguent, et dont au fond, on ne sait pas tant de choses. La pensée du Grand Siècle, ici, bute sur un mystère qui hante l’écriture de Molière et les rêves de ceux qui s’essaient modestement (ou pas) à le mettre en scène. Qui était Jean-Baptiste Poquelin, aux yeux du souverain ? Son bouffon magnifique ? Son maître de cérémonie, responsable des fêtes somptueuses d’un Versailles naissant, avec Lully le musicien et Pierre Beauchamp le chorégraphe ? Son valet de chambre, à qui il aimait suggérer des idées de pièces au petit lever, susceptibles de ridiculiser les courtisans ? Une autre question nous démange tout autant : comment Molière voyait-il le Roi Soleil ? Comme un despote ? Comme un artiste ? Comme un client qui commande et paie des spectacles ? Comme un mécène indirect, le protégeant lui et sa troupe à travers son frère, “Monsieur” ? On rappellera quatre faits qui nous semblent ici éclairants. En 1661, soit deux ans avant “L’Impromptu de Versailles”, Louis suggère à Molière d’écrire une comédie sur les “fâcheux”, ou les importuns de la cour, ceux qu’on appellerait aujourd’hui vulgairement les emmerdeurs : ce sera la première comédie-ballet de l’Histoire, un genre qui va durer dix ans, avant de céder la place à l’opéra, un genre qui semble taillé sur mesure pour faire danser… le Roi. Selon une femme de chambre de Marie-Antoinette, vers 1665, le Roi fait manger Molière avec lui, devant ses courtisans, qui ne voulaient pas partager la table de celui qui “jouait la comédie”. En 1680, Louis XIV réunit la troupe du Palais-Royal (de Molière, mort en 1673) et de l’Hôtel de Bourgogne (ses ennemis acharnés dans “L’Impromptu”) pour former la Comédie française. Et enfin, une dernière anecdote : Louis XIV demanda un jour à Boileau quel était le plus grand écrivain de son règne. “Sire, c’est Molière.” Et que répondit notre monarque ? “Je ne l’aurais pas cru ; mais vous vous y connaissez mieux que moi.” Le Roi est là, toujours, dans les coulisses et sur la scène. Il finance la grande comédie de son temps, mais peut la faire cesser d’un geste. Molière, comme Schéhérazade face au sultan, ne demeure en grâce que par la force du rire et de la curiosité qu’il suscite.

Ingres, Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles, 1837

Gérôme, Louis XIV et Molière, 1862

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