« Le rêve d’Europe / que nous avons oublié » : performance du projet Bruxelles-Mistral

Jeudi 28 novembre, à 18h, en salle C-théâtre : performance-lecture avec les élèves des spécialités théâtre du LFJM et du lycée Mistral d’Avignon

Il y a trois ans est né l’échange « Bruxelles-Mistral » : l’idée était de nouer un lien entre élèves spécialistes de théâtre, entre Bruxelles l’Européenne et Avignon la capitale du théâtre, et de permettre à des élèves de partager des moments artistiques et de se forger une identité théâtrale par l’échange. Depuis, la spécialité théâtre a été créée au lycée, elle compte aujourd’hui 17 élèves.

Un échange, un stage, un atelier… Pendant trois jours, les élèves vont travailler au plateau, rencontrer des professionnels, assister à des spectacles ou visiter des expositions. Le comédien Sacha Kremer, ancien élève du LFJM et ancien intervenant théâtre de l’option, animera cette année les séances pratiques. Et pour cette troisième édition de l’échange, les thèmes de travail des deux groupes vont se croiser autour de l’idée de « Transit », de passage, de migration. Le projet est soutenu par l’UPE pour la 2ème année.

Une présentation publique… Ce travail aura son moment fort avec le jeudi 28 (à 18h en salle C-théâtre), où sera présentée la performance « Le rêve d’Europe / que nous avons oublié » (d’environ 45 minutes) à partir de textes de Laurent Gaudé, Erri de Luca, Bernard-Marie Koltès et Alexandra Badea. Qu’est devenu notre rêve d’Europe, à l’heure où un autre rêve anime des populations entières qui risquent tout pour traverser les pires épreuves, et rejoindre une Europe en doute d’elle-même ? Comment faire coïncider les rêves ? Un moment à partager avec nous, ouvert à tout public, où vous pourrez rencontrer les élèves et soutenir leur engagement théâtral.

A jeudi 28 !

David Jauzion-Graverolles (enseignant en spécialité théâtre au lfjm)

Sacha Kremer (comédien)

Géraldine Tellene (enseignante en spécialité théâtre au lycée Mistral)

“Transit” : une rencontre des élèves de spécialité théâtre avec trois jeunes migrants

Lundi 18 novembre, trois demandeurs d’asile du centre de la Croix Rouge d’Uccle, accompagnés de Guillermo Gomez, sont venus travailler deux heures avec les élèves de spécialité théâtre, dont le premier thème de l’année s’intitule “transit”. Pour expérimenter par eux-mêmes certains outils du théâtre documentaire, les élèves ont pu construire des scènes à partir de trois tableaux évoqués par les jeunes migrants, qui apparaissent comme autant d’étapes d’un trajet migratoire : le départ sans prévenir sa famille, le passage de la douane pour sortir de son pays, et la confrontation avec les passeurs et les intermédiaires, parfois dramatique. Les élèves de première spé théâtre ont travaillé directement avec les migrants, recueillant la matière vécue, posant les questions pour voir, comprendre et construire les scènes, qui ont ensuite été présentées. Quel apport le théâtre, l’improvisation, le jeu des personnages, peuvent-ils avoir dans la compréhension des migrations contemporaines et l’émotion qu’elles suscitent ? Peu à peu, à travers cette première expérience, c’est la dimension universelle du drame migratoire qui se dégage, et le côté concret des situations vécues prend une force saisissante. Merci à Guillermo Gomez, à Ana, Bah et Keita pour cette rencontre émouvante et qui nous questionne au coeur de notre humanité sur le sens de notre art. La spécialité théâtre, en plus de la dimension esthétique, a en effet pour vocation à interroger le théâtre comme fait social, et à questionner la présence du réel sur la scène.

A suivre : l’échange Bruxelles-Avignon, avec la venue des Avignonnais du 25 au 28 novembre…

Louise Manteau joue “Le Phare” en classe d’option théâtre terminale

“Le Phare”, c’est un texte de Céline Delbecq, autrice que les élèves de terminale connaissent déjà, pour avoir assisté à sa création 2017 “Le Vent souffle sur Erzébeth”. Céline Delbecq revient à l’affiche ce mois-ci avec “Cinglée”, le spectacle d’ouverture du nouveau Rideau de Bruxelles. Un spectacle qui plonge dans la question des “féminicides” et des violences faites aux femmes. Avec beaucoup de simplicité et de force, Louise Manteau est venue dire “Le Phare” parmi les élèves de terminale, qui sont entrés dans cette écriture directe, narrative, violente et juste. Et du silence qui a suivi, sont nées peu à peu les prises de parole, les réflexions, voire les analyses. Avec l’impression d’assister à l’éclosion d’une prise de conscience, d’un travail en train de se faire… Un texte à fleur de peau, qui suscite une pensée à fleur de texte… Merci à Laure Nyssen et à l’équipe du Rideau de permettre ces rencontres en marge des spectacles, une chance pour nos élèves et une matière riche et féconde pour leur préparation au (dernier) baccalauréat théâtre ancienne mouture.

             

lettre ouverte à propos des options artistiques au lycée

       En tant que coordonnateur théâtre, je tenais à écrire un petit mot personnellement concernant la situation des options artistiques au lycée en seconde-première en cette rentrée 2019. Nous avons été confrontés à une baisse radicale des effectifs la semaine dernière. Certains groupes ne sont plus viables et une fusion des options théâtre seconde-première a été proposée.

Nous sommes en contact permanent et étroit avec la direction, les parents d’élèves et les élèves, pour comprendre ce phénomène. Il semble bien que la cause en soit avant tout une certaine inquiétude, liée à la réforme, qui conduit les élèves et les parents à privilégier les enseignements dits « fondamentaux », ou ceux qui affichent une rentabilité plus évidente que l’art en termes de points ou d’orientation.

Cet effondrement des effectifs est dramatique (c’est un professeur de théâtre qui parle), pour nous, enseignants qui avons donné toute notre énergie depuis longtemps pour construire ces options, et leur donner une densité artistique et pédagogique dont nous sommes fiers. Mais également pour les élèves, dont certains ne comprennent pas ce qui se passe, se retrouvent dans l’impossibilité de pratiquer un art qui les aide à s’épanouir, à développer leur créativité, et qui les valorise nettement. Pour certains c’est un moyen de surmonter des difficultés rencontrées par ailleurs. Nous sommes préoccupés par le fait que la rentabilité supposée des enseignements puisse exclure des temps créatifs, calmes, personnels qui donnent à de nombreux élèves une respiration dans leur semaine de cours plutôt chargée, et qui donne aussi un sens à leur implication dans leurs études.

Pour l’heure, nous n’avons pas de solution à proposer, que notre tristesse et notre engagement, et nous réfléchissons déjà pour essayer de refonder cette pratique optionnelle pour les années à venir. Sans doute de nombreux établissements de métropole ou de l’étranger sont-ils en ce moment confrontés à la même catastrophe, et ne peuvent maintenir ces cours de 3h/semaine très peu valorisés par les notes. Que pourrons-nous faire face à cette logique ?

Je voulais finir avec trois informations :

1> on peut toujours intégrer une option artistique, à tous les niveaux, même en terminale, même si on n’a pas pratiqué cet art auparavant (théâtre, arts plastiques, cinéma), et on acceptera encore d’éventuels élèves dans les deux semaines à venir.

2> les élèves du nouveau groupe d’option théâtre 2nde/1ère participeront cette année à l’échange avec Avignon, avec les élèves de spécialité, et iront donc pratiquer le théâtre, en janvier, avec les élèves du lycée Mistral d’Avignon, sur les lieux du festival.

3> Pour ceux qui ne peuvent se passer de théâtre, il existe aussi la troupe des Corybantes, qui répète en périscolaire le mardi 18h-20h en salle C-théâtre, la première répétition a lieu mardi 24 septembre, le spectacle du 11 au 16 mai.

Merci à tous ceux qui soutiennent la pratique artistique au lycée et bonne année scolaire à tous.

David Jauzion-Graverolles

Coordonnateur théâtre

L’atelier théâtre 2019-2020 des Corybantes : cette année, c’est le mardi !

La troupe des Corybantes vous souhaite à tous une bonne rentrée !

L’atelier théâtre du lycée aura lieu cette année le MARDI de 18h à 20h en salle C-théâtre. Il est ouvert à tous de la 4ème à la première. 1er cours : mardi 24 septembre à 18h (et non le 17 comme annoncé initialement, pour cause de réunion parents-PP). Spectacle prévu en mai.

A bientôt sur les planches…

informations : david.jauzion@lyceefrancais.be

 

MYTHOTHEATRE

PIECE RADIOPHONIQUE SUR LA MYTHOLOGIE GRECQUE

Oedipe, Antigone, Ulysse, Prométhée… Retrouvez les destins terribles des personnages mythologiques, joués et « incarnés au micro » par les élèves de seconde de l’option théâtre.

Oedipe, Antigone, Ulysse, Prométhée… qu’est-ce que les destins à la fois singuliers et universels de ces figures mythologiques nous racontent aujourd’hui ? Les élèves de seconde option théâtre ont travaillé trois mois sur des scènes issues des textes antiques (Eschyle, Sophocle), ou de leurs réécritures du XXème siècle (Cocteau, Anouilh, Giraudoux), pour pratiquer le conflit, le choeur, et éprouver la confrontation du personnage avec les dieux et le destin. Ecoutez leur travail radiophonique inspiré de cette forme scénique, jouée en avril, mai et juin dernier.

« Il y a tragédie toutes les fois que l’impossible au nécessaire se joint » (Jankélévitch).

ECOUTER LA PIECE :

A télécharger sur le site du lycée, onglet “Webradio” (clic droit puis “enregistrer sous”), et à écouter sans relâche à l’ombre du parasol ou sur l’autoroute des vacances !

L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #4

A comme Anamorphose… A l’évidence, “l’Impromptu de Versailles” ne peut se monter comme n’importe quelle autre pièce de Molière. Il semble peu efficace de respecter tout ce qui est écrit, d’y chercher les ressorts habituels de l’action comique. Ce serait un peu comme de rejouer un solo de jazz de Miles Davis ou de Coltrane, après l’avoir scrupuleusement noté et analysé. On peut se souvenir de la dernière mise en scène de la pièce à la Comédie française : c’était par Jean-Luc Boutté, en 1993, et la pièce était donnée en deuxième partie avec les Précieuses. On se souvient de l’avoir vue, mais on ne se souvient pas d’y avoir vibré : autour d’un plateau vide, les comédiens en costumes d’époque jouaient avec conviction les conflits de la troupe et les fausses surprises. Et rien ne se passait. Et l’on se disait même : les Précieuses auraient suffi, pourquoi allonger la soirée d’un tel pensum intellectuel et laborieux, pourquoi vouloir toujours que les spectateurs du Français en aient pour leur argent ? Pourtant, avec l’Impromptu, Molière invente une structure d’une modernité extraordinaire, qui explore la piste ouverte par Corneille dans l’Illusion comique (1635), et qui annonce surtout le grand Pirandello et notamment ses “6 personnages en quête d’auteur” (1921) : la pièce qui met en scène sa propre déroute, sa propre quête, et qui se retourne à la fin comme un gant sur le spectateur, captivé tout du long par le double discours. Ceci est une pièce, ceci n’est pas une pièce. Magritte, Truffaut (la Nuit américaine) et même “Inception” ne sont pas loin. L’Impromptu, c’est l’oeil de Molière qui se regarde lui-même, c’est le concentré de toute son oeuvre, passée, présente et à venir (comme nous le verrons dans une prochaine chronique). Comme ces anamorphoses, qui étaient à la mode dans la peinture de la Renaissance : sous un certain angle, tout le théâtre est contenu dans le tableau.

L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #3

“Sous les yeux, sous la main…” c’est le sens de la locution latine in promptu qui a donné ce mot bien difficile à prononcer, “impromptu”, d’un verbe (promere) qui veut dire manifester, produire. De là, jouer à l’impromptu, qui à l’époque de Molière veut dire tout simplement improviser. De là encore, ce mot en est venu à désigner de petites pièces écrites sans grande préparation, ou avec une apparence d’impréparation (voyez Giraudoux et son “Impromptu de l’Alma”…), puis au XIXème, de courtes pièces au piano gardant, comme leurs cousines théâtrales, un caractère libre et improvisé : ceux de Schubert sont délicieux et sombres à la fois, ils se développent en effet comme par surprise d’un accord renouvelé, martelé, puis diffracté (avec une préférence pour l’interprétation de Schnabel, voir l’image). Mais ce qui nous a fasciné en travaillant l’impromptu de Molière, c’est de découvrir peu à peu que c’est le risque même que Molière place au coeur de son théâtre. Le Roi va venir : improvisons ! Pourquoi ? Parce que le Roi l’a demandé… parce que le Roi n’aime pas attendre… c’est le geste même du comédien devant son public qui est ici singé. Nous jouons devant le regard sans pitié du Roi-spectateur. Devant la corne du Taureau, dirait Michel Leiris. Mais justement, dans cet impératif catégorique là, nous nous permettons d’improviser. Parce que l’improvisation est le coeur vivant du théâtre : Molière, qui partageait le Palais Royal avec Scaramouche et les Italiens, le savait bien. Et que, n’en déplaise aux adorateurs du théâtre de texte, ronflant et soporifique, tellement français, l’improvisation est la pierre de touche de l’action dramatique, le gage de vérité émotionnelle de l’acteur. “Qu”on me laisse répéter, qu’on me laisse improviser !” : le cri final de Molière continue à nous interpeler. Aussi, il nous est vite apparu que l’on ne pouvait pas jouer l’Impromptu de Versailles… sans le trahir un peu, beaucoup, passionnément… à coup d’improvisations.

L’ImprOmptU : chronique de mise en scène #2

Molière et Louis XIV… On a beaucoup écrit et glosé sur les rapports entre notre dramaturge national et son souverain, qui fascinent, intriguent, et dont au fond, on ne sait pas tant de choses. La pensée du Grand Siècle, ici, bute sur un mystère qui hante l’écriture de Molière et les rêves de ceux qui s’essaient modestement (ou pas) à le mettre en scène. Qui était Jean-Baptiste Poquelin, aux yeux du souverain ? Son bouffon magnifique ? Son maître de cérémonie, responsable des fêtes somptueuses d’un Versailles naissant, avec Lully le musicien et Pierre Beauchamp le chorégraphe ? Son valet de chambre, à qui il aimait suggérer des idées de pièces au petit lever, susceptibles de ridiculiser les courtisans ? Une autre question nous démange tout autant : comment Molière voyait-il le Roi Soleil ? Comme un despote ? Comme un artiste ? Comme un client qui commande et paie des spectacles ? Comme un mécène indirect, le protégeant lui et sa troupe à travers son frère, “Monsieur” ? On rappellera quatre faits qui nous semblent ici éclairants. En 1661, soit deux ans avant “L’Impromptu de Versailles”, Louis suggère à Molière d’écrire une comédie sur les “fâcheux”, ou les importuns de la cour, ceux qu’on appellerait aujourd’hui vulgairement les emmerdeurs : ce sera la première comédie-ballet de l’Histoire, un genre qui va durer dix ans, avant de céder la place à l’opéra, un genre qui semble taillé sur mesure pour faire danser… le Roi. Selon une femme de chambre de Marie-Antoinette, vers 1665, le Roi fait manger Molière avec lui, devant ses courtisans, qui ne voulaient pas partager la table de celui qui “jouait la comédie”. En 1680, Louis XIV réunit la troupe du Palais-Royal (de Molière, mort en 1673) et de l’Hôtel de Bourgogne (ses ennemis acharnés dans “L’Impromptu”) pour former la Comédie française. Et enfin, une dernière anecdote : Louis XIV demanda un jour à Boileau quel était le plus grand écrivain de son règne. “Sire, c’est Molière.” Et que répondit notre monarque ? “Je ne l’aurais pas cru ; mais vous vous y connaissez mieux que moi.” Le Roi est là, toujours, dans les coulisses et sur la scène. Il finance la grande comédie de son temps, mais peut la faire cesser d’un geste. Molière, comme Schéhérazade face au sultan, ne demeure en grâce que par la force du rire et de la curiosité qu’il suscite.

Ingres, Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles, 1837

Gérôme, Louis XIV et Molière, 1862